Cinéphile m'était conté ...

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G Bretagne/Irlande


Du fromage sur le tournage (Billy Wilder et moi)

Sérieusement, quand l'un de vos écrivains préférés, Jonathan Coe, publie un livre intitulé Billy Wilder et moi, le susdit étant l'un de vos réalisateurs chéris, que faire d'autre que de courir ventre à terre à la librairie la plus proche ? Le livre est à hauteur des attentes, une plongée sur le tournage de Fedora, l'avant-dernier film, sous-estimé, du réalisateur de Certains l'aiment chaud. L'heure est à la mélancolie et à la nostalgie pour un cinéaste un peu has been dans les années 70, dépassé par les "barbus" d'Hollywood : Spielberg, Coppola et Scorsese. Le scénario de Billy Wilder et moi n'a rien de révolutionnaire en soi, certes, avec les souvenirs d'une assistante et traductrice sur le tournage de Fedora en Grèce, mais permet à Coe de déployer tout son savoir faire entre réalité (le roman est très documenté) et fiction, entre saillies drolatiques du réalisateur et premiers émois d'une héroïne, alors toute jeunette, et qui va faire son apprentissage de la vie auprès du réalisateur et de son entourage. Quelques unes et des scènes du livre sont éblouissantes, en particulier celle de l'onctueuse découverte du fromage de Brie, dans une ferme de Seine-et-Marne. L'ouvrage est délicieusement désuet, certainement moins dense que d'autres œuvres de Jonathan Coe, mais le charme agit pleinement et donne furieusement envie de revoir Fedora avec la jeune Marthe Keller, notamment. Un pur bonheur, pour les amateurs de littérature, de cinéma et ... de fromage.

 

 

L'auteur :

 

Jonathan Coe est né le 19 août 1961 à Birmngham. Il a publié 12 romans dont Bienvenue au club, La vie très privée de Mr Sim et Expo 58.

 


12/04/2021
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Premières nouvelles (Grand Union)

Un bon romancier n'est pas nécessairement un excellent nouvelliste, et vice-versa, c'est une évidence, quelque soit le talent de l'auteur. Il faut aussi tenir compte des désirs divers des lecteurs en matière de format court : certains attendent des histoires structurées avec une chute, d'autres des bribes de récit mais surtout une atmosphère ... Assurément, Grand Union plaira surtout aux derniers, Zadie Smith ne cherchant pas, dans Grand Union, son tout premier recueil de nouvelles, chacune d'entre elles plutôt brève, à échafauder une architecture narrative dense, préférant mettre en situation des personnages, à un moment donné, dans une ambiance définie. Les différentes nouvelles ne se ressemblent que peu mais elles ont toutes un côté "lunaire", pas foncièrement aimables, et dont on se demande parfois, pardon pour cette remarque, si la traduction leur rend véritablement grâce. Les histoires, qui n'en sont pas vraiment, se succèdent et aucune n'accroche réellement, comme si Zadie Smith avait voulait à tout prix sonner original et se détacher des caractéristiques habituelles du genre. Ses tentatives d'humour passent mal (toujours la traduction ?) mais on relève en revanche les passages inutilement crûs. Grand Union est un objet étrange qui séduira peut-être les inconditionnels de l'écrivaine mais aura sans doute du mal à convaincre ceux qui préfèrent les textes au long cours, dans lesquels Zadie Smith n'a d'ailleurs plus rien à prouver.

 

 

L'auteure :

 

Zadie Smith est née le 27 octobre 1975 à Brent (Royaume-Uni). Elle a publié 5 romans dont Sourires de loup et Swing Time.

 


23/03/2021
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Chronique des événements amoureux (Normal People)

Le bandeau qui orne la couverture de Normal People et qui annonce un million d'exemplaires vendus peut servir de repoussoir à l'amateur de littérature exigeante (ou se croit tel). Qui plus est quand le livre est devenu matière à mini-série et que le premier roman de l'irlandaise Sally Rooney, Conversations entre amis, semblait, sans s'être donné la peine de le lire, du genre poids léger. Funeste erreur, mea maxima culpa, voici une auteure qui vous attrape par le col dès les premières lignes et ne vous lâche plus. Et d'abord, quel bonheur de lire un ouvrage qui ne cherche pas à imposer une construction tarabiscotée mais préfère progresser dans le temps, sur 4 ans, réservant les quelques flashbacks à l'intérieur même des différents chapitres, chacun séparé de plusieurs mois du précédent, entretenant un suspense constant. Le livre traite exclusivement des relations entre Connell et Marianne, lycéens puis étudiants, entre amitié, amour et rejet. Le livre est excitant parce qu'il exploite un thème universel, avec tous ses nombreux à-côtés, et riche d'une précision psychologique qui a quelque chose de presque effrayant. Les deux héros du livre sont loin d'être parfaits, soumis à un jeu social perpétuel et cruel pour lequel leurs armes ne sont guère affutées, les exposant à la dépression, voire à une dégradation de leur état mental. Marianne et Connell se sont trouvés mais ils se fuient sans arrêt, se frôlent, se touchent, s'éloignent, intimement convaincus qu'ils sont faits l'un pour l'autre mais pas assez mûrs ou trop peu sûrs d'eux-mêmes ou de l'autre pour avoir le courage de voir la réalité en face. Ce constant va-et-vient dessine une carte du tendre moderne et elle est infiniment complexe, rappelant, avec un éventail moins large, celle du formidable roman québecois La trajectoire des confettis. Par son style et par ses remarquables dialogues, Normal People fait aussi parfois penser à Philippe Djian, quand il est à son meilleur et nous déconcerte et nous séduit à la fois, par un côté direct et en même temps très travaillé et sophistiqué dans ses entrelacs. Un million d'exemplaires vendus, émois, émois, émois !

 

 

L'auteure :

 

Sally Rooney est née le 20 février 1991 à Castlebar (Irlande). Elle a publié Conversations entre amis.

 


11/03/2021
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Un tour de magie (Le grand jeu)

Le triangle amoureux est un grand classique de la littérature et du cinéma. Mais entre les mains d'un écrivain aussi subtil que Graham Swift, on passe outre ses passages obligés et ses clichés habituels. La période centrale de Le grand jeu se situe à Brighton, à l'été 1959. Avec une atmosphère balnéaire délicieusement surannée et un spectacle de variétés assuré par trois artistes, dont un magicien. Comme dans Le dimanche des mères, les événements cruciaux dans la vie des membres de ce trio sont vus rétrospectivement, 50 ans plus tard, en l’occurrence, quand ne reste plus qu'un des protagonistes, avec ses souvenirs. Alors que des romanciers adoptent le plus souvent des récits alternés, Swift fait lui le choix d'enchevêtrer les temporalités, évoquant tour à tour ses trois personnages principaux jusqu'à leur enfance, laissant planer le mystère jusqu'au bout, sur le sort de l'un d'entre eux. La fluidité narrative du livre est fascinante et sa finesse psychologique éblouissante, ne négligeant pas certains rôles secondaires et nous faisant remonter, pour un temps, jusqu'à la seconde guerre mondiale, voire la première. Il y a constamment un suspense un peu brumeux qui tient en haleine dans Le grand jeu, une sorte de flou qui rappelle, toutes proportions gardées, l'ambiance vaporeuse et floue de certains Modiano. Et quand l'auteur revient à Brighton 59, à ce moment précis où les trois héros du livre jouent leur destin, Swift le prestidigitateur sort non pas une colombe mais un perroquet de son chapeau. Un tour de magie ou une illusion parfaite, quelle que soit l'expression choisie, on ne peut que s'incliner. Applaudissements !

 

 

L'auteur :

 

Graham Swift est né le 4 mai 1949 à Londres. Il a publié 11 romans dont La lumière du jour et Le dimanche des mères.

 


21/01/2021
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Un brave homme (Ce genre de petites choses)

On a pu apprécier dans le passé les talents de nouvelliste de l'irlandaise Claire Keegan. Sous des dehors de conte de Noël, son dernier livre, Ce genre de petites choses, traduit en français avant même de paraître outre-Manche, possède des qualités de justesse, de précision et d'émotion discrète qui sont la marque de l'écrivaine. Ce récit, longue nouvelle ou court roman, comme l'on voudra, met en scène un brave homme, heureux en famille avec son épouse et ses 5 filles, et qui connait la réussite professionnelle avec sa petite entreprise de livraison de bois et de charbon. Un bonheur qui ne l'empêche pas de ressentir la misère qui règne autour de lui, dans l'Irlande de 1985, ni d'oublier ses origines, avec une mère qui l'a eu avant ses 16 ans. Sa bonté et son altruisme vont être mis à rude épreuve quand il va découvrir le sort réservé à des jeunes filles "hébergées" dans un couvent à proximité. Claire Keegan fait là référence à un "scandale" irlandais, celui des couvents (ou blanchisseries) de la Madeleine qui exploitèrent pendant des années le travail d'adolescentes, dans des conditions déplorables, jusqu'à la fermeture de ces établissements en 1996, sous prétexte de rééduquer des "filles perdues." Le sujet a été magnifiquement traité par Peter Mullan, dans son film datant de 2002, The Magdalene Sisters. Délicat et pudique, Ce genre de petites choses évite le misérabilisme ou le sentimentalisme par un style simple et délicat, tout empli d'humanité. Le dénouement, ouvert, et la brièveté du récit laissent un minuscule sentiment de frustration mais ne gâchent en rien l'impression générale, conforme aux écrits précédents de Claire Keegan.

 

 

L'auteure :

 

Claire Keegan est née en 1968 à Wickford (Irlande). Elle a publié 4 livres dont L'Antarctique.

 


14/11/2020
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Celle qui l'a abandonnée (Les secrets de ma mère)

Ceux qui ont aimé les deux précédents romans de Jessie Burton, et notamment Les filles au lion, ne devraient pas être déçus par sa nouvelle livraison, au titre très Almodovarien, Les secrets de ma mère. Le grand romanesque est la tasse de thé de la romancière londonienne, de même que le monde de l'art (la littérature remplace cette fois la peinture) et, plus globalement, la condition féminine. Tous ces thèmes sont sertis dans un suspense sentimental très prenant, accentué par la construction du livre en deux temporalités, aujourd'hui et plus de trente ans auparavant, avec des chapitres qui alternent entre ces deux périodes. Jessie Burton est assez fine pour nous donner un temps d'avance sur son héroïne de 2017/2018, qui cherche des traces de sa mère qui l'a abandonnée peu après sa naissance, jusqu'au dénouement un tantinet frustrant car à la fois fermé (quête terminée) et ouvert (avenir entrebâillé). Là où Jessie Burton excelle, davantage même que dans le tricotage sophistiqué de son intrigue, c'est dans la description dense de la psychologie de ses personnages, principaux mais aussi secondaires, avec peut-être le regret qu'aucun protagoniste masculin ne soit vraiment développé. Il est vrai qu'au-delà des péripéties du récit, la romancière parle abondamment de la place des femmes dans la société britannique et américaine, dans les années 80 et à notre époque, de leur relation à la maternité et à la famille, de leur place dans le monde, de leur quête identitaire, de leurs relations amoureuses, y compris pour quelqu'un du même sexe. Est-ce à dire pour autant que Jessie Burton écrit principalement à destination de la gent féminine ? La réponse est non, évidemment, Les secrets de ma mère est un livre qui devrait aussi bien passionner les hommes. Ce n'est pas Pedro Almodovar qui prétendrait le contraire.

 

 

L'auteure :

 

Jessie Burton est née en 1982 à Londres. Elle a publié Miniaturiste et Les filles au lion.

 


19/09/2020
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Mémoires d'une amnésique (A la première étoile)

N'y a-t'il pas une certaine facilité à choisir une héroïne de fiction amnésique ? Cela permet à l'auteur de distiller ses informations avec une grande liberté et, ce faisant, de manipuler un lecteur qui n'en peut mais. Dans son premier roman, A la première étoile, l'irlandais Andrew Meehan ne cherche pas forcément à alimenter un suspense qui nourrit habituellement les thrillers qui prennent la perte de mémoire comme donnée de départ. Son but est plutôt de nous plonger dans la conscience confuse de son personnage (Eva), loin de son Irlande natale dans un Paris où elle a atterri on ne sait de quelle manière, échouée comme un cétacé et sans repères. Pour compliquer encore la trame de son roman, Meehan donne la vision d'autres protagonistes proches de Eva, qui en savent long sur la jeune femme et les circonstances de son amnésie sans pour autant éclairer véritablement notre lanterne. Le problème majeur du livre, outre sa construction éclatée et bien trop sophistiquée, est que son héroïne ne suscite que peu de sympathie et que son sort, au fond, ne nous importe peu. La question de son identité aurait pu d'ailleurs être réglée très vite si ses "amis" lui avaient révélé d'emblée qui elle était et ce qui lui était arrivé. Dans ce cas, il n'y aurait pas eu de roman et toutes ses circonvolutions narratives un peu stériles. Chapeau en passant à la traductrice qui a eu bien du mérite à se colleter à un style alambiqué puisque Andrew Meehan semble être adepte du "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué." Peut-être le livre mérite t-il plus de concentration pour en saisir toutes les subtilités psychologiques mais il faut bien avouer que c'est plutôt l'ennui qui guette au détour des méandres de la mémoire d'une Eva bien ... évanescente.

 

 

L'auteur :

 

Andrew Meehan est né en Irlande. Il s'est fait connaître comme scénariste.

 


08/07/2020
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Les délices de la manipulation (L'audacieux Monsieur Swift)

L'audacieux Monsieur Swift récolte une note à peu près équivalente sur Goodreads (4,21) et Babelio (4,27). Ce n'est pas nécessairement un critère fiable de qualité littéraire mais témoigne d'une manière certaine du plaisir pris par une large majorité de lecteurs à suivre les aventures du personnage créé par John Boyne. Le titre du livre, lointaine traduction de A Ladder to the Sky, ne peut qu'interpeller les cinéphiles, rappelant Le talentueux Monsieur Ripley, remake plutôt réussi de Plein soleil de René Clément, avec son atmosphère poisseuse et amorale. Le livre n'a rien à voir avec l'intrigue des films mais l'ambiance générale, si, et, pour une fois, ce titre, avec toute son ironie, est particulièrement bien choisi, l'audace étant une sorte d'euphémisme pour qualifier le caractère de cette charmante crapule (le mot n'est pas trop fort) et mystificateur de Monsieur Swift. Du plaisir, une fois encore, on ne peut qu'en avoir en se délectant de la construction virtuose du roman, avec pour chaque chapitre une montée ingénieuse de la tension. Le livre est très brillant, non par son style, mais par son efficacité à nous manipuler, à l'image des actes Monsieur Swift, en moins cruel évidemment, et avec notre assentiment. L'ouvrage est un délice de gourmet, du nanan comme aimait à le dire Pivot du temps d'Apostrophes, notamment grâce à ses dialogues percutants, sarcastiques et parfois hilarants de par la mauvaise foi caractérisée et la prétention de certains protagonistes (pas seulement Swift mais aussi la sœur de son épouse ou encore une apprentie écrivaine, etc). Comme pour les films français des années 40 ou 50, la qualité du livre est d'ailleurs confirmée par la netteté psychologique des personnages secondaires, qui sont le plus souvent négligés par les romanciers. Au fond, ce qui rend la lecture de L'ambitieux Monsieur Swift aussi délectable, c'est son caractère ultra romanesque, jusqu'à la limite parfois, et son humour sous-jacent et assez monstrueux comme dans certaines comédies italiennes. La pirouette finale, délicieusement perverse, est à cette image et le livre est incontestablement aussi irrésistible que son héros.

 

 

L'auteur :

 

John Boyne est né le 30 avril 1971 à Dublin. Il a publié 10 romans dont Les fureurs invisibles du coeur.

 


31/05/2020
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Contre vents et marées (Nos espérances)

A lire le résumé de Nos espérances, il y a d'abord la surprise de voir Anna Hope s'engager délibérément dans un genre souvent pratiqué, notamment outre-Manche, celui du roman générationnel, à travers la relation de trois amies sur plus de 20 ans. La tentation de comparer la thématique du livre à la splendide trilogie de Jonathan Coe, par exemple, s'évanouit cependant très vite. L'Histoire de l'Angleterre n'est pas chez Anna Hope un support, celle-ci préférant se concentrer sur les vies intimes de ses trois héroïnes et leurs rapports, fluctuants nec mergitur. Autant l'avouer : malgré un sujet rebattu, la romancière impose sa voix particulière de manière irrésistible par son empathie et sa tendresse envers ses femmes, par la cruauté de certaines scènes, aussi, et surtout par son style, élégant même dans la crudité, avec des dialogues qui sonnent vrais et des descriptions à la poésie légère et mélancolique. Toutes les variations de l'amitié figurent dans Nos espérances : les épiphanies, les déceptions, les trahisons ... La construction du livre, un peu alambiquée, comme il est de mise dans la littérature contemporaine, avec ses nombreux flashbacks, ne nuit pas à la compréhension de ces portraits de femmes et aux liens qui les unissent, mais au contraire les enrichissent grandement. Le dosage du roman, entre moments d'euphorie et de déréliction, est particulièrement habile, de même que la montée en puissance émotionnelle. Il y a, vers la fin, une naissance et un enterrement, comme pour marquer que le cycle de la vie est immuable. Rien de révolutionnaire là-dedans, bien évidemment, à l'image du titre du roman (Expectation en anglais) qui parle à tous ceux qui ont connu la fougue et les grandes espérances de la jeunesse, avant de rentrer dans le rang et de faire de son mieux, une fois la maturité venue. Nos espérances n'est pas un Feel Good Book, il est bien plus que cela, un hommage chaleureux au courage et à la résilience des femmes, un hymne à l'amitié et aux ressources de l'âme humaine, contre vents et marées, entre tempêtes et accalmies. Car tant qu'il y a de la vie, il y a des espérances, les leurs et les nôtres.

 

 

L'auteure :

 

Anna Hope est née le 2 décembre 1974 à Manchester. Elle a publié Le chagrin des vivants et La salle de bal.

 


25/03/2020
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Un chœur à l'ouvrage (Le cœur de l'Angleterre)

Bien du temps est passé depuis la parution de Bienvenue au club puis de Le cercle fermé. Les souvenirs sont lointains mais la sensation de plaisir à lire Jonathan Coe s'est poursuivie avec ses romans suivants. Cependant, Le cœur de l'Angleterre, qui complète la trilogie de la famille Tropper et évoque la décennie actuelle, a un goût particulier, celui de retrouver des personnages familiers et de les voir, non sans une certaine jubilation sadique, se démener avec une époque chaotique, entre la tragédie (les émeutes de 2011), l'extase (la cérémonie des J.O de Londres) et la déchirure (le Brexit). Le sujet du livre est le cœur de l'Angleterre, soit Birmingham et sa région, mais aussi un véritable chœur britannique à l'ouvrage puisque le roman accumule les personnages dans toutes les classes sociales, sans que jamais le lecteur ne perde le sens de l'orientation. Les événements mélodramatiques, comiques, absurdes, mélancoliques et délirants se succèdent montrant une fois encore la maîtrise narrative de Coe dont l'ironie et l'humour acide font toujours merveille. Plusieurs passages sont à mourir de rire comme la croisière en mer Baltique ou, plus brièvement mais spectaculairement, une étreinte amoureuse dans un placard. La politique prend beaucoup de place dans Le cœur de l'Angleterre, et cela peut poser problème aux lecteurs peu intéressés par le sujet, mais c'est toujours passionnant car évoquée de manière malicieuse. Au fond, l'amusement de Coe à écrire ce roman est incroyablement palpable à la lecture, suscitant une euphorie permanente et, incidemment, quelques fous rires. Dans le paysage littéraire actuel, où la noirceur prédomine souvent, l'auteur britannique est une bénédiction, avec cette suprême élégance de parler de choses graves avec légèreté et de choses futiles avec sérieux. Du nanan !

 

 

 

L'auteur :

 

Jonathan Coe est né le 19 août 1961 à Birmingham. Il a publié 12 romans dont Bienvenue au club, La vie privée de Mr Sim et Expo 58.

 


17/09/2019
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